LUC JAQUET A L'ORIGINE DU CACHEMIRE

De la première génération en 1924 à la sixième aujourd’hui, la famille Loro Piana a toujours sillonné le monde à la recherche de matières premières d’une qualité exceptionnelle. Une quête que raconte aujourd’hui le réalisateur Luc Jacquet dans une série documentaire en trois volets.



Si le cachemire de Loro Piana est réputé pour sa finesse, sa douceur et sa chaleur, ses origines restent encore souvent méconnues. Le documentaire ‘‘Cashmere, The Origin of a Secret’’ met en lumière les coulisses de la fabrication de cette matière d’une qualité exceptionnelle, et marque la première collaboration entre la Maison italienne et le réalisateur français, oscarisé en 2006 pour ‘‘La Marche de l’Empereur’’. Quiconque a vu ce film sait combien Luc Jacquet aime profondément les animaux, la nature, et ne peut douter de son intégrité. Avant même de faire du cinéma, il était déjà un écologiste convaincu. «J’ai eu la chance d’habiter dans le Jura, une région montagneuse à cheval entre la France et la Suisse, et pour moi ça a été absolument fondateur. La nature est pour moi un besoin fondamental. J’ai conçu toute ma carrière, de mes études au mon métier que j’exerce aujourd’hui autour de ce besoin de la nature. Et autour du besoin de comprendre pourquoi la nature me fait tant vibrer. Elle provoque en moi une vibration, une contemplation très puissante, et un flot d’émotions. Je pense que tout cheminement artistique vient de là, de ce besoin de comprendre cette vibration et surtout la transmettre et la partager, car c’est quelque chose qu’on ne peut pas garder pour soi.» Pas vraiment le type d’homme à s’investir dans un projet avec une marque s’il n’est pas convaincu par ses valeurs. Luc Jacquet n’est pas non plus très familier de l’univers du luxe. S’il a accepté de travailler sur ces trois documentaires pour Loro Piana, c’est qu’il avait la certitude, ayant fait en amont ses propres investigations, que les manières de la maison italienne étaient un exemple éloquent de ce qu’est le luxe vertueux. La préservation de l’artisanat traditionnel est ancrée dans les valeurs de la marque Loro Piana. Le cinéaste y a trouvé un écho à ses propres convictions et à son engagement pour la sauvegarde environnementale : « par nature j’aime l’excellence, et j’aspire à la perfection. Je suis sensible au luxe dans ce sens là, dans cette recherche permanente pour aller chercher ce qui se fait de mieux. J’ai fait des recherches, et j’ai constaté que Loro Piana faisait du développement durable depuis très longtemps. Leur démarche est avant tout guidée par le bon sens. J’aime cette idée qu’une logique industrielle intelligente puisse sauver des espèces et permette un développement harmonieux entre l’homme et la nature. La Maison Loro Piana n’est pas un simple fabricant à la recherche de fournisseurs, elle agit concrètement pour sauver des espèces, des paysages, des savoir-faire ».



Pour ces trois films Luc Jacquet est allé dans trois régions de production de laine : Chine et Mongolie pour le cachemire, Pérou pour la vigogne, Australie et Nouvelle-Zélande pour le mérinos. Le premier film consacré au cachemire est véritablement à couper le souffle. On y voit des montagnes, des hommes et des chèvres. Et l’on prend une leçon de lenteur, qui réussit le pari de susciter une émotion extraordinaire. Des paysages enneigés aux dunes de sables de Mongolie, les vingt minutes du film sont une invitation à découvrir le quotidien de trois familles de bergers, élevant des chèvres capra hircus qui produisent une laine d’une qualité incomparable. Dans des conditions extrêmes, ces éleveurs vivent dans un écosystème menacé par la surproduction industrielle. Récemment, l’intensification de l’élevage a perturbé un équilibre écologique centenaire, provoquant la désertification du territoire et une diminution de la qualité des fibres. C’est la raison pour laquelle Loro Piana s’engage depuis longtemps à assurer une production responsable, préservant l’écosystème mongol tout en permettant aux bergers locaux de vivre mieux et de fabriquer un cachemire de meilleure qualité sur le long terme. La maison travaille en étroite collaboration avec les communautés et les producteurs locaux, s’engageant à protéger et à conserver les espèces indigènes et à aider à maintenir la culture traditionnelle.


La communauté des éleveurs nomades vit à la limite du vivant dans les extrémités de la Mongolie. Les hivers longs et secs s’étirent pendant des mois, atteignant des niveaux de froid extrêmes et entraînant des blizzards fréquents. Le printemps est plus doux, mais il s’accompagne de vastes tempêtes de sable dangereuses et pendant l’été, le soleil brûle, la pluie est rare, tout comme l’eau et la nourriture. «Ces bergers ont essayé d’échapper aux routes d’évasion et pour cela ils sont aller vivre à la limite du possible, explique Luc Jacquet. Ils ont trouvé refuge dans des montagnes où personne n’avait le cœur d’aller. Et ils ont accepté une vie extrêmement frustre, pour pouvoir avoir une forme de tranquilité. Ils ont amené des animaux avec qui ils se sont adaptés à ces conditions extrêmes, les chèvres mangeant des brins d’herbe au milieu des cailloux. Sur ces plateaux de Mongolie à 3 000 ou 4 000 mètres d’altitude, vous avez tous les prédateurs que vous pouvez imaginer, beaucoup de loups et des léopards des neiges. On est à la limite du vivable, c’est un monde extrême. Ils sont arrivés à un mode de vie qui est calculé au millimètre. Ils ont peu pour vivre, mais parce que c’est extrêmement retenu, modeste, ça fonctionne. L’animal ne peut pas vivre sans l’homme et l’homme ne peut vivre sans l’animal. Je trouve cela extrêmement beau. C’est comme s’ils vivaient hors du temps. S’il n’y avait pas une voiture ou une antenne satellite pour vous rappeler qu’on est XXIe siècle, vous pourriez être 500 ans en arrière.»


Incarnant cette survie dans ces conditions difficiles, la chèvre Capra hircus est un animal petit mais extrêmement résistant qui a évolué pour s’adapter aux conditions difficiles de ces contrées. La toison de la chèvre la protège de la pluie, du soleil et de la poussière, tandis qu’en dessous, une toison plus douce est isolante. C’est ce trésor caché qui est connu sous le nom de cachemire. Avec le temps, ces bergers ont acquis une connaissance quasiment intime de la terre sur laquelle ils vivent et des animaux qui y habitent. Ils savent lire les signes exacts du bon moment pour collecter les précieuses fibres de cachemire, en harmonie avec les cycles naturels de la vie.

Si le documentaire est presque sans paroles, c’est pour mieux révéler la beauté et la simplicité de cette production et témoigner du lien presque originel entre l’homme et l’animal. C’est une sorte d’alchimie, qui a été établi à travers le temps avec des gestes qui sont séculaires. Il faut collecter la fibre à la fin de l’hiver, avant la mue. Les bergers savent exactement quel est le non moment pour que l’animal n’ait pas froid. C’est aussi pour cette raison que les troupeaux accueillent des moutons, car les moutons adorent enlever la neige, ce qui permet aux chèvres de brouter la rare herbe qui se trouve dessous. Ensuite, ils leur tiennent chaud après qu’elles ont été peignées. Les troupeaux sont petits, de 200 à 500 chèvres. Et de très faibles quantités de fibres sont prélevées sur chaque animal : 150 grammes pour une chèvre adulte et 30 grammes pour un bébé. Le film est un hommage à cette excellence née dans ces conditions rudes, prouvant que le luxe et la qualité des produits dépend avant tout d’un travail d’exception des éleveurs et de l’amour pour l’animal dans des contrées encore sauvages et préservées. Ces bergers isolés n’ont sans doute pas conscience de ce qu’est le luxe, mais ils savent que la beauté d’un produit dépend intrinsèquement du bien-être de l’animal.

« La force du cinéma, c’est sa capacité à transmettre des émotions, et véhiculer un langage qui n’est pas celui de la rationalité, dit Luc Jacquet. Je suis ravi que Loro Piana ait compris et suivi cette intention, car je cherchais un langage universel qui raconte cette difficulté d’être, ce rapport à l’animal, qui finalement se passe de texte car pour moi c’est ça l’essence du cinéma : être capable de véhiculer quelque chose que tout le monde ressent mais qu’il a du mal a exprimer avec des mots. Cela nous permet de passer dans une autre dimension, et c’était l’ambition de ce projet. Quand la fibre prélevée par les bergers est dans le creux de leur main, vous comprenez quelque chose. C’est universel. Le langage des mains, chez ces éleveurs, est extraordinaire.»

Seules des conditions uniques produisent des fibres ayant le caractère de créer des textiles d’une grande qualité. La préservation de cette production demande des années d’engagement et des partenariats durables avec des producteurs locaux basés sur la confiance et le respect mutuel. Dans ces régions, Loro Piana a noué des relations de travail sans précédent avec les communautés, et dès 2009 la maison a entrepris d’encourager la production locale de cachemire en Chine en soutenant les efforts, les processus de production et les compétences des éleveurs de chèvres. La même année, la marque a développé un système moderne d’élevage sélectif destiné à optimiser la qualité du cachemire. Améliorant la finesse des fibres, tout en maintenant un volume élevé de duvet par animal, la méthode réduit le nombre de chèvres et améliore leur niveau de vie, rétablissant un équilibre ancien entre les animaux et leur habitat. Cette méthode unique a été développée en collaboration avec l’Université agricole de Jilin en Chine, l’Académie des sciences de Mongolie intérieure, l’Université de Camerino en Italie et l’ENEA (l’Agence nationale italienne pour les nouvelles technologies, l’énergie et le développement économique durable) .


Photos © Loro Piana

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